dossier ...c'est aussi : Historique - Synthèse des textes officiels - Structuration de la Permanence des Soins en PACA - Permanence des Soins et sectorisation de l'aide médicale urgente - Sectorisation : compte-rendus des réunions CODAMUPS - La permanence des soins des médecins spécialistes libéraux

Les perspectives vues par nos représentants syndicaux

Docteur Dinorino CABRERA (SML) - Docteur Michel CHASSANG (CSMF) - Docteur Jean-Claude REGI (FMF) - François MICHEL, Vice-Président de MG France

Docteur Dinorino CABRERA (SML)
Le Syndicat des Médecins Libéraux avait pris conscience, le premier (voir nos divers écrits sur le site du SML : http://www.lesml.org), que les médecins ne pouvaient pas travailler la journée et assurer, la nuit et les week-ends, des visites qui souvent pouvaient attendre.
C’est pourquoi nous avions lancé la grève des gardes, puis réclamé et obtenu la modification de l’article 77 du code de déontologie.
Nous avions aussi obtenu par décret que la participation des médecins à la permanence des soins se fasse sur la base du volontariat.
Si les médecins libéraux sont prêts à participer à une PDS structurée, avec régulation des appels, ils réclament à juste titre une rémunération adaptée, et ne veulent pas être corvéables à merci.
Il reste à :
• Organiser au niveau départemental une nouvelle sectorisation qui tienne compte des particularités géographiques et des afflux touristiques, (moins il y aura de secteurs, moins on aura besoin de volontaires et mieux on pourra les payer).
• Arrêter les conditions de prise en charge par le médecin de garde des appels filtrés par une régulation libérale efficace.
• Organiser une complémentarité entre la ville et l’hôpital.
• Revoir les horaires des gardes (au-delà de minuit il n’y a pratiquement plus d’appels, pourquoi dès lors ne pas libérer le volontaire de garde de son astreinte et transférer les actes vers les services hospitaliers, qui eux sont ouverts en tout état de cause. Compte tenu du faible nombre d’actes les services hospitaliers ne seront pas submergés.)
• Définir le statut et la rémunération des régulateurs libéraux volontaires.
• laisser toute initiative locale s’exprimer librement.
• Intégrer SOS-médecins dans la permanence des soins.
• Trouver les financements nécessaires (Assurance maladie, collectivités locales, etc.) pour que la PDS puisse disposer des volontaires nécessaires pour en assurer le fonctionnement.
• Limiter au strict minimum, les conditions de réquisition des médecins pour la PDS
Il reste encore beaucoup à faire, mais n’oublions pas qu’il y a encore 30 mois, les gardes étaient encore déontologiquement obligatoires… Depuis, un bon bout de chemin a été parcouru !
A terme il nous semble évident qu’il faudra penser à une organisation différente de la permanence des soins qui pourrait être organisée par des médecins y consacrant l’intégralité de leur activité. Mais nous devons avancer par paliers.
En cette période d’intérim, les médecins pourront compter sur le SML pour défendre leurs aspirations et leurs intérêts !


Docteur Michel CHASSANG (CSMF)
LA PERMANENCE DES SOINS : UNE PRIORITE POUR LA CSMF

Mise en lumière à l’occasion de la grève des médecins généralistes en 2001-2002, la permanence des soins des médecins libéraux est aujourd’hui au cœur des débats.
Longtemps considérée comme partie intégrante de la profession médicale, cette tâche s’est considérablement modifiée ces dernières années. La principale raison réside dans l’évolution sociétale tendant à ce que chacun puisse prétendre à bénéficier à la fois d’une vie professionnelle, d’une vie familiale et de loisirs. A l’heure des 35 heures, du repos compensateur après une nuit de garde chez nos collègues hospitaliers et de l’explosion des consultations dans les services d’urgence des hôpitaux, les médecins libéraux refusent de continuer comme avant.
Ce problème a déjà trouvé une amorce de réponse pour les médecins de famille en 2002 par la reconnaissance de cette fonction qualifiée de mission d’intérêt général et par le financement de l’astreinte. Bien qu’insuffisante celle-ci a désormais le mérite d’exister et de constituer une base de travail perfectible.
Cependant il faut aller beaucoup plus loin en étendant ces dispositions aux médecins spécialistes, notamment ceux qui œuvrent au quotidien dans les cliniques et par la mise en place d’une régulation médicalisée préalable afin de responsabiliser les patients dans leur parcours de soins, d’augmenter sensiblement l’espace géographique des secteurs de garde et de réduire ainsi le nombre de médecins d’astreinte.
La permanence des soins fait l’objet aujourd’hui d’une réorganisation sur la base d’un nouveau dispositif issu du décret du 15 septembre 2003, lequel institue le principe du volontariat.
Si ce décret du 15 septembre concernait les médecins spécialistes dans les modalités de participation à la permanence des soins qui devaient être définies par un cahier des charges élaboré à l’échelon départemental, l’arrêté du 11 décembre 2003 et la circulaire 587 de la même date les oublient. Il faut donc rétablir cette injustice.
La CSMF dans ce domaine œuvrera de concert entre médecins de famille et médecins spécialistes, avec des objectifs précis et communs.
Tout d’abord, il n’est pas question de confier à la convention le soin d’organiser la permanence des soins. Celle-ci est du domaine de la santé publique dont l’Etat est le garant. La convention médicale doit se limiter, comme la loi le prévoit à fixer les tarifs des différentes prestations pour la rémunération des médecins. Dans ce domaine la CSMF privilégie les honoraires qui permettent de conserver un statut libéral aux médecins. Ceux-ci doivent être identiques quelle que soit la discipline du médecin et figurer dans la Nomenclature des actes professionnels.
Le financement ne doit pas se limiter aux caisses d’assurance maladie. Les collectivités locales et régionales ont pour devoir d’y contribuer car ce dossier touche celui de l’aménagement du territoire.
Il ne doit pas exister de confusion entre la rémunération des fonctions médicales (astreinte, garde, régulation,…) et celle des actes effectués au cours d’une garde, lesquels doivent être rémunérés en sus.
Enfin, comme pour la visite à domicile, le dispositif doit prévoir une responsabilisation des patients en subordonnant le remboursement des majorations nuit, week-end à une régulation médicale préalable.
Ce dossier est au cœur des préoccupations des médecins libéraux. Au moment d’aborder la phase finale des négociations actuelles concernant notamment le montant des honoraires de régulation, de l’astreinte à domicile, des gardes sur place en clinique, des majorations de nuit et week-end, nos interlocuteurs feraient bien de se convaincre de la nécessité de trouver une solution au problème, faute de quoi, ils prendraient la lourde responsabilité de démobiliser un corps professionnel qui jusqu’ici n’a pas démérité, bien au contraire.


Docteur Jean-Claude REGI (FMF)
DEMAIN QUELLE PDS... POUR LES SPECIALISTES AUSSI.

S'il y a un sujet qui reste d'actualité chez les médecins libéraux, principalement les généralistes, c'est bien celui de la permanence des soins révélé médiatiquement par une grève des gardes en décembre 2001, témoignant d'un malaise général de la profession existant déjà depuis plusieurs années, et malheureusement non encore réglé malgré les différentes mesures prises jusqu'à maintenant.
En effet, fin 2001 un mouvement spontané de médecins généralistes jugeant insuffisantes les revendications des syndicats traditionnels du C à 20€ et du V à 30€ entraîne la création de coordinations dans différents départements de France et l'élaboration d'une plate forme de revendication appelée Charte de la Coordination Nationale. Cette charte comporte entre autres, outre la revalorisation des actes, l'alignement du Tarif d'Autorité sur le Tarif Opposable, la réouverture du secteur 2, le statut fiscal et social du médecin et la restructuration de la permanence des soins. Toute cette démarche s'inscrit dans une recherche d'une certaine considération aussi bien de la part des assurés sociaux (consumérisme galopant) que des pouvoirs publics (non-reconnaissance d'une vraie mission sanitaire).
La FMF s'est tout de suite impliquée dans ce dossier aussi bien sur le plan départemental par des actions concrètes et l'élaboration de projets locaux ou régionaux que sur le plan national avec en juillet 2002 la publication du Projet FMF sur la permanence des soins complété en décembre 2003 par un cahier des charges à destination de nos représentants dans les différents Codamups.
Dans ces textes, la FMF avance un ensemble d'idées claires permettant d'optimiser le fonctionnement de la permanence des soins :
• La reconnaissance du volontariat pour les gardes et de la mission de service public située hors du champ conventionnel
• Une régulation libérale médicalisée permettant de réduire le volume des actes,
• Une diminution du nombre de secteurs de garde,
• Une adaptation des horaires de permanence libérale aux besoins locaux,
• La création ciblée de maisons médicales de garde.
• Une reconnaissance du statut de collaborateurs occasionnels du service public et surtout la conséquence pour la prise en charge par l'établissement de la RCP
• La nécessité d'une sensibilisation des patients au fait que les soins ambulatoires doivent normalement être dispensés aux heures ouvrables des cabinets.
Ces adaptations compensent une juste revalorisation des honoraires d'astreinte que nous demandons (3 C par heure).
A la suite des travaux de la commission ministérielle sur la permanence des soins présidée par le sénateur honoraire Charles Descours, la FMF a accueilli avec satisfaction la publication des textes législatifs le 15 septembre 2003 et le 12 décembre 2003, permettant une reconnaissance de l'implication des médecins libéraux dans ce domaine. Les notions de mission d'intérêt général et de volontariat de la garde sont enfin admises.
Malheureusement, la Fédération des Médecins de France constate, que dans de nombreux départements une absence de moyens paralyse la moindre évolution du système, et empêche l'élaboration de tout projet sérieux entraînant par là même le retour des réquisitions préfectorales. Ce dossier du financement de l'astreinte, clé de voûte du système, constitue l'essentiel du blocage par un désengagement de l'Etat, des collectivités locales, et des caisses d'assurance-maladie. C'est bien l'offre de soins primaires qui se trouve dès à présent menacée dans de nombreux départements français, si le problème de la permanence des soins n'est pas réglé rapidement et correctement.
La FMF adresse le 9 mars 2004 une lettre en ce sens à M.Mattéi, qui vient de confier le dossier à la CNAM.
C'est dans ce cadre, de négociations conventionnelles, que les discussions ont repris entre les syndicats médicaux représentatifs, et les trois caisses d'assurance-maladie.
Le second aspect de ce dossier de la PDS concerne bien évidemment la permanence des soins des médecins spécialistes, notamment dans les établissements UPATOU et non UPATOU et dans certaines spécialités (réanimation, pédiatrie, chirurgie...). La question de la rémunération des astreintes dans ce cadre vient s'ajouter au malaise actuel et général de la médecine spécialisée.
Plus que jamais, et dans ce contexte difficile, la FMF souhaite une prise en charge globale du problème, en associant généralistes et spécialistes, avec une pluralité dans le financement, ainsi qu'une organisation certes nationale mais tenant compte des besoins locaux et régionaux ainsi que des expériences de terrain qui fonctionnent. En effet, l'expérience de nos représentants départementaux montre aussi bien pour l'adaptation des horaires PDS, que pour les modalités de la réponse, des différences notables existent selon les habitudes locales, la ville ou le rural, l'infrastructure en établissements de santé, les particularités géographiques départementales. C'est pour cela que le législateur a renforcé le rôle des Codamups, ce qui permet une organisation de la PDS la plus fonctionnelle possible.
Dans ces conditions, la FMF soutient que la gestion de ce dossier revient en premier lieu aux pouvoirs publics et c'est ce qu’elle a rappelé au nouveau ministre de la santé M. Douste-Blazy,
Si les caisses n'intègrent pas que cette mission de service public n'est pas de sa seule compétence, alors il y a tout à prévoir que nous allons assister aux mêmes blocages.
Une chose est certaine, les médecins n'accepteront pas de revenir à la case départ.


François MICHEL, Vice-Président de MG France
LA PERMANENCE DES SOINS EN CHANTIER

La garde est un concept caduc.
Jusqu’à il y a peu, la garde était une corvée non reconnue, mal valorisée, faite à la fois dans le cadre d’une éthique personnelle et d’une obligation déontologique.
Couramment, on disait que tout appel inopiné était une urgence, jusqu’à évaluation par le médecin (sous-entendu généraliste le plus souvent).
Au fil du temps, ce qui était encore acceptable pour ses propres patients, est, la démographie et les demandes consommatrices des patients aidants, devenu intolérable.
Cette situation a abouti à la grande remise en cause de l’hiver 2002 – 2003.
La mise en évidence des tours de garde et la première reconnaissance du volontariat
Des 2001, un immense travail de recensement des tours de garde mené pour MG Urgences par Simon FILIPPI et validé début 2004 par l’URML PACA, montrait la réalité inconnue de 3200 tours de garde maillant chaque dimanche le territoire national.
En 2003, un avenant à la convention des médecins généralistes crée le forfait d’astreinte, première reconnaissance de la disponibilité et du volontariat des médecins généralistes.

Un renversement des concepts
La notion de demande de soins non programmés, renverse la vieille notion de l’urgence jusqu’à ce que l’on aille voir. Les DEMANDES DE SOINS NON-PROGRAMMES identifient les demandes de soins inopinées de la population. Une DNSP ne devenant, le cas échéant, une urgence qu’après régulation médicale et évaluation de l’appel en niveau de gravité.
Tout ce travail précurseur, sur les niveaux, mené dans les premiers centres de régulation intégrant des médecins libéraux, vient de faire consensus avec la parution récente du Guide de Régulation de Samu de France, sous la direction notamment des professeurs DUBOULOZ (Marseille) et MENTHONNEX (Grenoble). Aux détresses identifiées, correspond l’Aide Médicale Urgente
Aux niveaux 3 (rencontre avec un médecin dans les 6 heures) et 4 (conseil téléphonique), correspondent la PERMANENCE DES SOINS.

Des réalisations exemplaires, sur l’initiative des professionnels
Des 2000, les trois premières Maisons Médicales de Garde, ouvraient à Gap, Le Havre et Rennes, en finissant avec le dogme du déplacement du médecin d’astreinte à domicile. Ce sont à ce jour 186 Maisons Médicales de Garde qui ont essaimé, sur l’initiative des médecins.
Les Maisons Médicales de Garde, sont des lieux sécurisés, connus de la population, ouverts à certaines heures de fréquentation suffisante (en règle, toutes sauf 3, ferment à 23 ou 24 heures. Leur succès en fait désormais un élément incontournable du paysage sanitaire français).
La participation des médecins libéraux à la régulation devient progressivement la règle. A ce jour, dans une cinquantaine de départements, les médecins libéraux règlent la PERMANENCE DES SOINS au côté de leurs confrères hospitaliers chargés de la régulation de l’AMU.
Dans 18 départements, après le Pas de Calais en août 2002, les Vosges à l’automne 2003, la région Midi Pyrénées en février 2004, les patients ont à disposition un numéro spécifique, pour appeler la régulation libérale. Diminuant ainsi, la pression sur le numéro 15, réservé aux détresses.

La permanence des soins, une loi et des décrets.
Ces notions nouvelles, ces évolutions de la réalité, figurent désormais dans la Loi. L’article L 6315 du Code de la Santé Publique définit la permanence des soins comme mission d’insert général confiée à la médecine ambulatoire. Un décret en définit les modes d’organisation volontaire, sur la base d’une sectorisation géographique. Ce décret, impose que toutes les DEMANDES DE SOINS NON-PROGRAMMES soient régulées a priori.

Un travail d’écriture et l’observation de la réalité en mouvement
Les médecins proposent une organisation volontaire sur tout le champ horaire de la PERMANENCE DES SOINS. Rien ne dit qu’ils doivent eux-mêmes être les effecteurs permanents. Tous les accords de coopération avec les structures hospitalières publiques ou privées, avec les transporteurs sanitaires, avec des associations de médecins urgentistes sont autorisés, pour autant que soient respectés deux impératifs.
La garantie donnée à la population que ses demandes de soins, trouveront un écho rapide, que ce soit une détresse ou qu’un conseil téléphonique suffise.
Un mode d’organisation acceptable pour les médecins, préservant leur capacité pour leur travail normal de jour et leur qualité de vie.
Les médecins ont pour challenge d’écrire cette organisation secteur par secteur réorganisé, le cas échéant. Fut-ce pour ne rien changer à une situation actuelle qui leur conviendrait.
Le challenge se poursuit par l’écriture sur le plan départemental et sa défense devant les CODAMUPS. En utilisant, à chaque étape, l’expérience des confrères, d’ici ou d’ailleurs, déjà engagés dans la réforme.

Deux chantiers démarrent
Certains médecins sont spécifiquement volontaires pour intervenir sur les urgences graves. Cet engagement implique relation étroite avec le SAMU, formation, équipement et transmissions, intervention en équipe et avantages et rémunérations particuliers. Ce chantier démarre.
La permanence des soins concerne tous les médecins conventionnés et des centres de santé, quelle que soit leur discipline.
Les spécialistes sont donc concernés et revendiquent, par leurs syndicats représentatifs, leur participation à la permanence des soins. Il leur appartient, comme les généralistes, de proposer une sectorisation, de choisir un positionnement en soins primaires ou secondaires. Cette participation envisageant, a priori, et dans le même cadre, la participation des plateaux techniques privés ou publics, et toujours, soit après régulation, ou sur demande du médecin généraliste d’astreinte.

Un enjeu et une condition. Les moyens financiers et la rémunération des acteurs.
Il est évident que les moyens financiers pérennes conditionnent la mise en route et la stabilisation des organisations. Que ce soit pour les régulations ou les Maisons Médicales de Garde, le temps des expérimentations est fini, il s’agit désormais de donner des moyens pérennes à des structures validées par l’expérience et par la satisfaction des usagers et des médecins.
Les professionnels de santé doivent trouver une rémunération suffisante, garantie quel que soit le niveau d’activité enregistré lors de la période d’astreinte.
Deux voies sont privilégiées : concernant les patients, la régulation préalable conditionne la prise ne charge des majorations. A bref délai, pour que le système fonctionne, c’est aussi l’accès non programmé aux services d’accueil hospitaliers, publics et privés, qui devra être régulé.
Au moment, où ces lignes sont écrites, les négociations tarifaires sur la PERMANENCE DES SOINS sont toujours en cours.

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